Le mur de la peste

La pandémie due au coronavirus 19, que nous subissons depuis près d’un an, a contraint nos déplacements pendant les périodes de confinements. Nous ne pouvions plus circuler d’une région à l’autre, au grand dam des râleurs patentés, qu’on a privé de leur liberté.
Cependant la chose n’avait rien d’exceptionnel ni de nouveau. Il y a beau temps que les populations ont restreint les déplacements pour tenter d’endiguer les épidémies. Ce fut bien sûr le cas lors de l’épidémie de choléra en 1832 (lire Le hussard sur le toit de Jean Giono), mais l’un des exemples les plus intéressants se situe dans le Vaucluse où, pour se protéger de la peste, en 1720, on a fait édifier un mur.
Il y a quelques années, par grand mistral avec deux amis j’ai fait la « randonnée du mur de la peste ». Nous sommes partis de Fontaine de Vaucluse depuis la D100a au niveau de l’auberge de jeunesse (on peut également faire cette randonnée à partir de Cabrières-d’Avignon). Nous avons accédé au plateau des Monts de Vaucluse par le GR6 qui serpente au creux d’un vallon très agréable. Arrivés sur le plateau nous avons pris à gauche la piste de la Pourraque baptisée aussi « sentier historique du mur de la peste » et qui longe ledit mur sur plusieurs kilomètres.
En 1720 donc, alors que le mal se répand hors Marseille, le vice légat du Pape veut protéger le Comtat Venaissin, propriété pontificale, de l’épidémie. Pour ce faire, il fait édifier par l’architecte Antoine Allemand de Carpentras, une muraille de pierres sèches, du col de Lagas près de Monieux à la Baume, entre Lagnes et Cabrières d’Avignon (prolongé dans la plaine du Calavon par une palissade de bois et vers la Durance par des fossés) de 27 kilomètres de long. Ce mur fut prévu d’une hauteur de 6 pieds (1,95 m). Les travaux furent menés tambour battant puisque dès juillet 1721, mille soldats contadins prennent position le long de la muraille pour empêcher quiconque de pénétrer en Comtat.
Mais cette protection sera vaine. Fin août par la faute de la contrebande de tissus la peste entre à Avignon. Et ce sont alors, ironies du sort, les soldats français qui vont se positionner le long du mur pour empêcher les Contadins de propager la peste en Provence. Ils ne quitteront la place qu’en janvier 1723 lorsque tout danger de contagion fut écarté.
Ce mur, très vite baptisé « la ligne de la malédiction », non pas à cause de la peste qui, dans un sens comme dans l’autre ne l’a jamais traversé, mais à l’arrêt du commerce qu’il provoqua et qui ruina l’économie locale.
Le paysage à gardé les traces de cette folle entreprise et une association, « Pierre sèche en Vaucluse », œuvre pour sauver les vestiges de ce fragment de l’histoire provençale.
Après avoir longé le mur, au pied du Mourre de la belle étoile, nous avons pris à gauche par la grande plaine, puis le vallon de la fontaine de l’Oule, avec bien évidement une halté à ladite fontaine.
En plus de son côté historique, c’est une belle randonnée qui offre de grands espaces et une grande variété de paysages.

Articles recommandés