Le Micro-trottoir une calamité

Cruciverbiste occasionnel, je suis tombé, il y a quelques années, sur la définition suivante : « Font trop souvent l’information sur les ondes ». Le mot à trouver était « micros-trottoirs ». Je trouve la définition parfaite tellement les médias audiovisuels nous abreuvent, jusqu’à satiété, d’infames micros-trottoirs. La chose en elle-même est très simple, un journaliste (mais ce pourrait être exécuté par le premier quidam venu) descend dans la rue et recueille l’opinion des passants sur n’importe quel sujet, le temps, le retard des trains, la politique du gouvernement, la couleur des chaussettes de Dick Rivers ou la température des glaciers du Mont Blanc en plein été. Je ne sais si c’est volontaire, bien que l’on doive procéder à un tri, mais les interviewés choisis, le plus souvent, brillent par une intelligence hors norme. Cette pratique pourrait apparaitre anodine si elle n’avait, aux yeux des téléspectateurs et autres auditeurs, valeur d’enquête d’opinion.

C’est ainsi que les propos de la première quidamesse venue ont valeur de statistique faisant accroire que « les Français » pensent ceci ou cela. Et pour se dégager de l’éventuelle accusation de partialité le (la) « journaliste » intervieweur sélectionne un pour et un contre… et le tour est jouée on a rempli sa mission d’information.

Quand se décidera-t-on à mettre fin à cette imposture ?

Le concept du micro-trottoir a été élaboré il y a plus de cinquante ans par les grands cabinets conseils qui ont fait florès à l’époque auprès de patrons de presse à la recherche de recettes pour freiner la lente mais inéluctable érosion du lectorat. Il s’agissait alors de « créer de la proximité » de créer un phénomène d’identification entre le lecteur et l’événement par l’intermédiaire de l’homme de la rue. Le but n’a pas été atteint, puisque les lecteurs ont continué à s’éloigner de leurs journaux (le phénomène mal analysé a produit une recette inefficace) et, effet pervers de la chose, ça a permis aux rédactions frileuses (et c’est un euphémisme), au nom de la soi-disant objectivité qui est un leurre qui n’a jamais existé, de se défausser de leur responsabilité journalistique derrière l’homme de la rue.

Peut-être serait-il temps de changer de logiciel et d’entrer dans la réalité du monde d’aujourd’hui.

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