La télévision de Bécassine

Je mitige, tu mitiges, il mitige etc….
Notre Bécassine n’en rate pas une. Voici que samedi, veille de Pentecôte, elle nous a sorti : « Le ciel reste bien mitigé ». J’ai supposé qu’elle voulait dire mélangé, variable en quelque sorte. Or l’usage de mitigé pour, mélangé, mêlé et vivement réprouvé. Mitigé, selon Littré (on peut lui faire confiance), signifie « rendu moins vif, moins rigoureux ».
Ceci étant précisé, n’eut-elle pas été plus inspirée en parlant d’un ciel incertain voire instable ?

Mon, ton, son, notre ; votre, leur 
Ce sont des adjectifs possessifs. Et, comme leur nom le précise, ils indiquent à qui appartient une chose.
Tous les jours, sur le coup de 13 heures, le présentateur du journal d’information sur France 2 ouvre ledit journal par ces mots : « …ravi de vous retrouver, comme chaque jour, pour votre journal de 13 heures … ». Le propos est pour le moins abusif, car, en aucun cas, il ne peut s’agir de « notre » journal mais bien de celui d’Antenne 2. Comment une chose que nous ne faisons que subir pourrait-elle nous appartenir ? Il y a là manifestement une volonté de nous lier par la complicité aux choix éditoriaux de la chaîne, or, tout au moins en ce qui me concerne, il ne peut en être question. Productrice de ses propres errements et autres impérities, la chaîne doit, et elle seule, les assumer, sans nous impliquer dans cette affaire. Je refuse cette complicité que l’on veut m’imposer. Et je souhaite vivement, que Monsieur le présentateur nous remercie de regarder SON journal.
Merci !

Les messages du zozo
A l’occasion j’aime bien regarder en fin de journée sur France 3 l’émission « Tout le sport ». Petit tour d’horizon de l’actualité sportive qui serait presque parfait, si, en fin de programme, n’intervenait pas un bécasson, zozo de son état, brandissant une feuille de format A4, semble-t-il, portant une missive le plus souvent intelligible seulement par l’intéressé. Quand il ne s’agit pas d’un message, ce peut-être un adage ou une pensée… Mais le zozo de service oublie d’en préciser l’auteur ou l’origine, Ainsi dernièrement nous a-t-il gratifié de l’aphorisme suivant : « Fais de ta vie un rêve et d’un rêve une réalité », en oubliant de préciser qu’il s’agissait d’une pensée d’Antoine de Saint-Exupéry, ou, pour un autre message qu’il s’agissait d’un proverbe africain. Ça me fait penser à ces collégiens, qui recopient des poèmes amoureux et les envoient à leur belle, laissant supposer qu’ils en sont les auteurs. Ce qui est stupéfiant c’est que la direction de la chaîne reste indifférente à ce comportement de collégien attardé.

Le dernier mot

Bécassine est revenue. Et avec elle son cortège de périphrases. Parmi ses dernières circonlocutions météorologiques : « Le froid n’a pas dit son dernier mot » ou « Quand les nuages ne sont plus au rendez-vous » ou encore, petit perle « le soleil grignote un peu de terrain ». Ce pourrait-être comique si ce n’était affligeant
Malheureusement Bécassine a son pendant. Aujourd’hui (mercredi 7 avril) au journal de 13 heures, bécasson, présentant un sujet sur le contenu des lessives que nous utilisons a dit : « … qui lavent plus blanc que blanc comme dit la publicité… » C’est ce qui s’appelle faire un flop. La « publicité » n’est pas l’auteure de la formule, mais Coluche qui, dans un sketch resté célèbre, ridiculisait les publicités … des lessives en particulier.

Lieux communs

Bécassine s’est mise en congé sabbatique. Elle ne sévit donc plus à l’heure des bulletins météo. Du coup je m’ennuie un peu. Ceci étant je trouve matière à distraction dans les divers journaux de la chaîne. Pas plus tard que mardi, si je ne me trompe, la « star » du journal de 20 heures sur Antenne 2, s’est fendue d’un magnifique cuir en disant : « seraienteux ». Alors qu’il eut mieux valu dire « seraient, eux, … ».
Je ne sais pas si vous avez remarqué le nombreux de lieux communs utilisés par la plupart des journalistes de la chaîne. C’est impressionnant. Je ne vais pas vous en servir tout le florilège, mais prendre deux exemples significatifs de la pauvreté de l’expression orale du moment. Ainsi, tous les paysages sont « à couper le souffle » alors qu’on pourrait par exemple, utiliser, étonnant, stupéfiant, époustouflants, soufflant … L’autre lieu commun, c’est « sous le choc ». Le village est sous le choc, les élèves sont sous le choc. Ils pourraient être traumatisés, bouleversés, ébranlés, troublés, éventuellement en état de stress après une agression physique ou psychologie … Mais non ils sont éternellement, continuellement, sempiternellement « sous le choc ».

Le dernier opus.
Dimanche soir, commentant la victoire du XV de France sur le Pays de Galle, le fringant Laurent Delahousse, a parlé du « prochain opus » de l’équipe contre l’Ecosse. Il voulait parler bien évidemment du prochain match. Sauf à considérer que les matches de nos artistes du ballon ovale sont des symphonies, le mot opus pour match est inapproprié et même déplacé.
En musique, un Opus est une indication pour désigner une œuvre. Ce peut-être l’œuvre elle-même. En archéologie opus s’emploie avec un qualificatif pour désigner divers appareils. Mais il est vrai que placer opus, dans le commentaire sportif, ça classe !

Tout à fait maltapropos…
C’est une nouveauté bécassinienne qui peut nous laisser supposer que la télévision, comme la radio, de service public, est sur le point d’ouvrir une tannerie, voire une mégisserie. Depuis quelque temps, nombre de journalistes se mettent à faire dans le cuir. Je m’explique. Un cuir est une faute de langage qui consiste à lier les mots de façon incorrecte. De faire des liaisons inappropriées. Ainsi un brillant et sémillant journaliste de France 2 a, dernièrement, dit : « cette voiture se veut-elle plus écologique » (phonétiquement : se veutelle). La forme n’était pas interrogative (ce qui aurait justifié la liaison) mais bien affirmative. Or dans ce cas, pas de liaison, car la phrase s’écrit : « Cette voiture se veut, elle, plus écologique ». Le respect de la ponctuation lui eut évité la bourde. On pourrait également dire de façon correcte : « cette voiture, elle, se veut plus écologique ».
Je ne sais d’où vient cette mode qui, telle la pandémie se répand sur les ondes, mais peut-être faudrait-il songer à passer à la collection d’été.

Faut pas abuser

Je n’ai pas beaucoup regardé la télé ces derniers temps, l’indigence des programmes poussant à l’absentéisme. Toutefois j’ai pu relever quelques perles de Bécassine emberlificotée dans ses présentations météorologiques. Ainsi : « Ça va baisser d’un cran supplémentaire d’intensité » (comprenne qui voudra) ou encore : « Les températures vont en profiter pour baisser » (on imagine les températures, à l’affût, prêtes à bondir sur la moindre opportunité pour nous faire quelques espiègleries). Ou encore, cette petite merveille : « Les vigilances sont toujours au rendez-vous ».
Mais il n’y a pas que Bécassine qui bêtise, il y a aussi quelques bécassons qui sévissent.
Ainsi, le week-end dernier, évoquant l’assassinat d’un gosse à Bondy, le journaliste présentateur a dit, à propos des présumés assassins qu’on recherchait deux jeunes… alors qu’on savait déjà que l’un d’eux avait 27 ans.
Le même journaliste, à propos d’un reportage sur Port Grimaud, a déclaré : « Toute ressemblance avec Venise ne serait pas fortuite ! » Je veux bien, mais la comparaison me semble osée. A moins que ledit journaliste ne soit jamais allé à Venise. Je ne suis jamais allé à Port Grimaud mais les quelques photos que j’ai vues de répliques de soi-disant maisons de pêcheurs, ne m’ont jamais fait penser à Venise et à ses authentiques palaces alignés le long du grand canal. C’est à Venise que François Pinault a acquis le Palazzo Grassi pour en faire un musée d’art contemporain, c’est à Venise que Luchino Visconti a tourné « Mort à Venise » ….
Autre audace bécassinienne de la télévision de service public, la dernière trouvaille du sémillant Stéphane Bern : « La ferme préférée des Français ». L’idée, il est vrai, est sympathique, mais son libellé est pour le moins abusif (il l’était déjà pour « Le village préféré des Français »). Ç’eut été un moindre mal si la formulation avait été « La ferme préférée des téléspectateurs de France 3 », mais lorsque l’on sait que pour désigner « Le village préféré des Français 2020 », en l’occurrence Hunspach, seulement 700.000 personnes ont pris part au vote on peut s’interroger sur le sérieux du service public.