PAUSE :

Selon Emile Littré c’est une interruption momentanée d’une action, un intervalle de temps, un farouche silence.
Dans le patois (langue spéciale, jargon) de la télévision, merveilleux média d’information, ça a une tout autre signification. Une pause c’est une page de publicité. Marquer une pause, c’est envoyer une page (ou même plusieurs) de publicité. Comme si publicité était un gros mot. Comme si c’était honteux de dire que le programme que nous sommes en train de suivre allait être interrompu par une page de publicité ? Vous le faites…. Assumez-le ! Arrêtez cette hypocrisie ridicule !

SAFE :
C’est tout nouveau, du moins pour moi. J’ai trouvé le mot dans « Le Mutualiste » magazine de la mutuelle d’AG2R la mondiale. Dans un article sur la santé sexuelle (c’est quelque chose qui, à mon âge, intéresse) dans un paragraphe intitulé « Se sentir  » safe  » et satisfait »… Devant l’ésotérisme du texte, je préfère vous le restituer tel quel : « La santé sexuelle touche à la fois à la sexualité et à la santé reproductive mais également au domaine sociétal. La prévention joue alors un rôle essentiel en donnant les clés aux individus et en les informant. Elle s’appuie sur trois piliers : l’autonomie, la sécurité et la satisfaction…Pour une sexualité sans risque, il est important que chacun soit « safe », c’est-à-dire en sécurité et protégé ».
Si quelqu’un peut, en français de France, me traduire la chose je suis preneur. Quoi qu’il en soit, n’oubliez pas, avec votre partenaire , quand vous vous livrerez à une partie de jambes en l’air, surtout, soyez « safe »….

BOX :
C’est un mot anglais, que nous avons appris dès notre confrontation à la langue de Georges Gordon Byron en classe de sixième. Il est devenu à la mode, dans notre français quotidien, quand, un fournisseur d’accès à internet, a remplacé notre modem (mot valise venant de modulateur – démodulateur), boitier interface entre un fournisseur d’accès et son client, par box, freebox plus précisément. Evidemment les autres fournisseurs d’accès pour ne pas être en reste nous ont sorti la livebox, la Bbox et j’en passe. Et « la box » a fait florès. A tel point que nous sommes aujourd’hui envahis de box en tout genre. Certains esprits mercantiles, toujours à l’affut du moindre attrape couillon ont vu là le moyen de nourrir un commerce factice, souvent par le biais d’influenceuses qui n’influences que les gogottes qui les suivent. Et c’est ainsi qu’on a vu fleurir des box à planter, la box fromage, la thé box, la gourmet, box, la miaoubox (pourquoi pas), la régime box, la nature box etc….et même, même, la télévision de service public qui nous a inventer la culture box. Il est vrai que ça ouvre un espace (espace culture … ?) au spectacle qui en a bien besoin actuellement, mais tout de même ! Se mettre au niveau de miaou box, c’est tomber bien bas.

BLOCKBUSTER :
C’est un mot issu du jargon théâtral américain. A l’origine il désignait une bombe capable de détruire (bust) un pâté de maisons (block). Puis il a désigné les gros succès théâtraux de Broadway et enfin les films à grands spectacle, à gros budget. Que nous pourrions simplement et significativement appeler superproductions. Mais avouez que superproduction c’est moins smart et moins snob que blockbuster ! C’est pourquoi il y a même, sur France Inter, radio du service public, une émission qui s’appelle « Blockbuster ». Et oui !
Ceci étant le mot fait un fracassant retour dans l’actualité, car il signifie aussi « Grosse machine » dont on désigne aujourd’hui les supers laboratoires qui produisent des médicaments qui procurent de gros bénéfices comme, par exemple, les vaccins anti-Covid

FLEXITARIEN :
C’est une perle. Un diamant rare. C’est un mot que j’ai découvert tout récemment au hasard d’une publicité. Je suis tout à fait confus de mon ignorance. A ma décharge, le mot nous est venu il y a peu du Canada. C’est un mot que les lexicologues et les linguistes appellent « mot-valise ». C’est-à-dire mot composé d’éléments non signifiants de deux ou plusieurs mots. Ainsi celui qui nous préoccupe aujourd’hui viendrait de l’anglais flexitarian (flexible) et végétarian (végétarien). Et qui définirait une personne qui limite sa consommation de viande et de poisson, sans être totalement végétarien. J’adore la définition d’un journaliste du Progrès : « végétarien à temps partiel ». Ce serait comme un curé, abstinent par religion, qui épisodiquement s’autoriserait une petite visite chez les dames du bois de Boulogne.
En un mot comme en cent (dirait la Marquise de Sévigné), c’est d’une insigne hypocrisie.
Je préfère en rester au mot omnivore (qui mange de tout, qui se nourrit indifféremment d’aliments d’origine animale ou végétale) qui qualifie notre nature. Au demeurant ce régime ne doit pas être si mauvais que cela puisqu’il nous a réussit jusqu’à présent.

CONSÉQUENT : Le mot n’était que peu utilisé dans le langage courant. Et voici qu’il devient à la mode et qu’il est utilisé à tout bout de champs, mais dans un sens impropre.
Conséquent signifie qui agit ou raisonne avec un esprit de suite (cohérent, logique). Par conséquent peut être remplacé par donc. Comme une suite logique.
Or aujourd’hui on l’utilise pour important, considérable, ce que condamnait Emile Littré : « Conséquent pour considérable est un barbarisme, que beaucoup de gens commettent et contre lequel il faut mettre en garde. Conséquence ne signifie qu’en apparence important ; et cette apparence ne peut jamais se trouver dans conséquent ». Ce que confirme d’ailleurs le dictionnaire de l’Académie française : «  Conséquent ne doit pas être employé dans le sens d’important« .

TAB : Autrefois, il y a bien longtemps, quand nous parlions français, pour bien nous comprendre, nous allions à la pharmacie acheter des cachets d’aspirine ou des comprimés d’aspirine. Tout un chacun savait de quoi il s’agissait.
Aujourd’hui on ne vous vend plus un comprimé, mais un Tab (Tabs quand il y en a plusieurs) qui est une abréviation du mot anglais « tablet » qui veut dire, entre autres, : comprimé, pastille …
Je suis probablement un vieux con, mais je ne supporte plus ces appellations gratuites, cette sorte de snobisme qui consiste à tout angliciser parce que ça fait bien. Prenons l’exemple d’un médicament courant, largement utilisé par tout un chacun, le « Doliprane ». Il est produit par le laboratoire Sanofi. Laboratoire français (c’est ce que l’on nous dit), qui a été incapable de produire un vaccin contre le Virus corona 19, mais qui est le roi pour produire du Doliprane Tabs…. Fermez le Ban !

CERTIFAILLEDE : Ne cherchez pas, vous ne le trouverez pas dans le dictionnaire. C’est un néologisme inventé par une marque de voiture (eh oui !) allemande à l’accent ibérique. Néologisme donc, qui mérite bien une médaille, tellement il atteint la crétinaillede. Vous vous voyez aller demander une voiture certifaillede ? Sauf que, à y regarder de plus près, ce n’est pas si crétin que cela. En effet, ladite marque veut ainsi promouvoir ses voitures d’occasion. Et pense probablement gagner ainsi la confiance de l’acheteur potentiel. Une voiture certifaillede ça doit rassurer le gogo. Et en plus ça n’engage à rien. Si l’on utilisait le mot français « certifiée » on s’engagerait. Certifié signifiant attester, confirmer, garantir… Tandis que certifaillede, ça n’engage à rien. Vous allez dire que je pinaille, que j’écrivaille pour le seul plaisir d’écrivailler, c’est un peu vrai, mais que voulez-vous devant des propos limitailledes qui déraillent je ne peux me retenir, j’explosaillede !

FOIS PLUS : Nom marquant le degré de fréquence. Mais aussi et c’est ce qui nous intéresse aujourd’hui, nom servant d’élément multiplicateur ou diviseur. Alors, depuis quelques mois, se livrent, dans les « tunnels » publicitaires qui viennent perturber les émissions de la télévision, une bataille effrénée, des marchands de régimes ou de moyens amincissants et surtout amaigrissants.
L’un est représenté par un saltimbanque qui « hallucine », un autre par un ancien sportif qui a mis 20 ans pour s’apercevoir qu’il était obèse, un autre encore qui vous fait bouffer 4 repas par jour pour moins de 9 € et j’en passe … Et un, clou du spectacle, qui vous promet de vous faire perdre cinq fois plus de poids. Mais 5 fois plus que quoi ? Que le concurrent ? dans ce cas, si le concurrent promet de vous faire perdre 10 kilos, avec Monsieur 5 fois plus vous risquez de perdre 50 kilos … ? Comme attrape nigaud, on peut faire difficilement mieux.

ETRON : Rassurez-vous, ce petit dictionnaire ne vire pas à la scatologie. Une fois encore il met l’accent sur l’absurdité du monde d’aujourd’hui. Etron donc (en Provençal estron, du latin stercus) désigne une matière fécale, « consistante et moulée » dit le dictionnaire. Comme c’est poétique ! Rabelais comme il en a l’habitude s’en donne à cœur joie dans le Quart Livre : « Appelez-vous ceci foire, bren, crottes, merde, fiente, déjection, matière fécale, excrément, repaire, laisse, esmeut, fumée … »
Figurez-vous qu’un constructeur automobile allemand, vient de baptiser son nouveau modèle E.Tron. On peut s’interroger sur les études des services markéting de la marque. Il faut dire que ladite marque a longtemps baptisé ses modèles par la lettre « Q » (de Q2 à Q7). Et du Q, à l’E.tron il n’y a que le passage d’un trou (de balle).
Ceci étant, ça doit tout de même faire drôle de rouler dans une merde !

FOYER : Son sens premier d’espace aménagé pour y faire du feu a essaimé en plusieurs sens qui en découlent. Il y en a deux qui nous intéressent ici. Celui de source tout d’abord, c’est-à-dire lieu, point d’où rayonne la lumière, la chaleur. Et celui de point central à parti duquel se propage un processus.
Sens tout à fait intéressants dans ce qui nous préoccupe puisqu’ils ont donné : « siège principal d’une maladie, lieu d’où se propage une maladie »
La langue française a la vertu de la précision. C’est pourquoi au début de la pandémie de Coronavirus la plupart des journalistes, incapables de résister au chant des sirènes anglaises, lui ont préféré « cluster » (à ne pas confondre avec clystère dont on appréciera le sens dans « Le malade imaginaire » de Molière). Selon Robert & Collins (un dictionnaire) cluster signifie Grappe (régime pour les bananes), bouquet, groupe, amas.
Il me semble que, justement à propos de cette pandémie, le mot foyer est nettement plus approprié. Mais son usage est moins snob que cluster …. Ainsi va le monde.
INSTANT : Moment, durée très courte, minute tout au plus. L’instant doit être considéré comme la plus petite division du temps. On utilisera « à l’instant » pour aussitôt, soudain …
Or quand nous avons (je dis nous parce que nous fûmes fort nombreux dans ce cas) voulu nous inscrire pour être vaccinés contre le virus coronna 19, nous nous sommes entendus répondre : « Merci de bien vouloir patienter, nous allons prendre votre appel dans quelques instants ». Ce qui pouvait laisser supposer qu’on allait devoir attendre tout au plus une minute ou deux … Vingt bonne minutes s’écoulaient avant que l’appel soit interrompu. Nous sommes là en présence d’un usage quelque peu abusif du mot instant.

DISCRET, ÉTE : De toute évidence, un adjectif passé de mode aujourd’hui. On ne montre plus de retenue, on ne cherche pas à passer inaperçu, tout au contraire, mais il y a quelques exceptions dont une qui témoigne bien de l’obsolescence du mot puisqu’il a été remplacé par son équivalent anglais, DISCREET (prononcer discrit). C’est pour la publicité d’une protection féminine intime. Pour l’annonceur ça présente un double avantage. Tout d’abord et c’est évident « discreet » c’est beaucoup moins voyant que discret et deuxièmement, ça permet de conserver le même nom de produit pour tous les pays. Comme quoi, ce n’est plus l’académie ou même les dictionnaires qui font les mots désormais, c’est la publicité.
VOITURE : C’est ce que, longtemps, j’ai acheté, parfois d’occasion, pour me déplacer. Nous acquérions alors une berline, un cabriolet, un coupé etc. On savait de quoi il s’agissait. Foin des mots issus des véhicules d’autrefois tractés par des animaux, il faut entrer dans la modernité. Aujourd’hui donc, on ne vous vend plus une voiture, ni même une automobile, voire une auto (ça me rappelle une chanson dont le refrain disait « Pour promener Mimi, ma p’tite amie Mimi et son jeune frère Toto j’ai une auto … ») On avait même, plus trivial il est vrai, le mot bagnole. Aujourd’hui on vous vend un SUV, un crossover, un crossback … C’est, reconnaissons-le, plus class que « voiture » qui a comme un relent passéiste. Ceci étant, mes facultés cognitives ayant probablement été émoussées par l’âge, je ne suis pas parvenu à comprendre ce que l’on veut me vendre (les voies du marketing, comme celles du seigneur, sont souvent impénétrables) sinon que c’est de plus en plus cher.
Du coup je roule encore avec ma vieille, mais bien pratique voiture.

PRIVÉ : En principe, du moins en français, signifie : Où le public n’a pas accès, n’est pas admis.
Quelque chose de personnel, d’intime. A tel point qu’on parlait autrefois de « privé » (aller au privé) quand on évoquait le cabinet d’aisance (les W.C. pour le dire en franglais moderne).
Or, aujourd’hui, précisément, privé veut dire « tout le monde ». Je n’en veux pour preuve que le flot de publicités qui promeuvent les ventes privées. Il y a peu encore, les ventes privées étaient pratiquées par certains commerçants, avant les soldes et s’adressaient exclusivement aux clientes habituelles de la boutique. Aujourd’hui, par l’intermédiaire de show-rooms (en français salles d’exposition) ou de commerces de bricolage, et j’en passe, on fait des « ventes privées » à la télévision (en gros entre 500.000 et 7,5 millions de téléspectateurs selon les chaînes et les heures). C’est-à-dire, au bas mot, à 500.000 personnes.
Dans le palmarès des attrapes couillons « Privé » se positionne dans le peloton de tête.

DISPOSITIF : Selon le Robert, un dictionnaire (si vous ne savez-pas ce que c’est, consultez wikipédia) que j’aime bien, c’est l’énoncé final (d’un jugement) qui contient la décision du tribunal. Chez les militaires il s’agit de l’ensemble des moyens disposés conformément à un plan. Par extension, les moyens mis en œuvre pour obtenir un résultat (politique, diplomatique …)
Ce peut-être également les manières dont sont disposées les pièces d’un appareil, d’une machine. Un mécanisme, un dispositif de sûreté.
Aujourd’hui, à n’en pas douter un génie du marketing (en français : stratégie commerciale), a inventé le « dispositif médical ». C’est un truc absolument génial qui permet à des laboratoires ou autres faiseurs de produits parapharmaceutiques, de faire croire que ce qu’ils vendent a une vertu médicale et même, en grossissant un peu le trait, est un médicament. Ça fait sérieux, ça pose ! Et c’est ainsi que la serviette périodique ou hygiénique, que nous appelions dans ma jeunesse, assez trivialement il est vrai, pate-à-cul, est devenue un « dispositif médical ». Comme si c’était une maladie, pour une femme, que d’avoir ses règles.
Je ne serais point étonné si, demain, un industriel spécialisé dans la production de papier de toilette ou hygiénique, pour le dire plus nettement (ça s’impose) de papier-cul, en fasse un « dispositif médical ». Ce pourrait-être éventuellement compréhensible si un laboratoire pharmaceutique proposait un papier spécial pour hémorroïdaires… Toutefois ça doit faire très « class » de se torcher le cul avec un dispositif médical !

ENGAGÉ : participe passé adjectif : Du verbe engager : mettre en gage, donner en gage, donner pour caution (sa parole)…
C’est le mot à la mode du moment. Tout le monde est engagé, mais le problème c’est que l’on ne sait pas trop à quoi. Et surtout l’utilisateur ne tient pas à le préciser. Ainsi un grand (très grand) de la grande distribution a des prix engagés. Si vous savez ce que cela signifie, je suis preneur de la définition. Un opticien est simplement engagé, à quoi, nul ne sait. Un marchand de glaces « est délicieusement engagé » etc.
En définitive un mot pour tout dire et ne rien dire. Chez nous, en Provence, on appelle ça « Un attrape couillon ».

PHARMACIEN : nom : Autrefois apothicaire qui exerçait la pharmacie. Aujourd’hui essentiellement vendeur de médicaments. Par les temps qui courent sa charge de travail s’est passablement accrue. Mais elle risque fort de s’accroitre davantage. Des laboratoires qui commercialisent des médicaments accessibles sans ordonnance, pour se garantir d’éventuelles plaintes d’utilisateurs qui supporteraient mal la potion, conseillent : « parlez-en à votre pharmacien ». Une façon tout à fait hypocrite de se décharger sur le voisin. Au rugby ça s’appelle une passe à l’aile. Alors si toutes les personnes intéressées par le produit viennent effectivement en parler à leur pharmacien, le pauvre « potard » risque fort d’y passer ses journées.